Qui brûle qui ?

Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ)

16/11/2005.

Par Alice Schwarzer.
Traduction libre : Christoph Siara.

Débat sur la violence, Qui brûle qui ?

16/11/2005

«Avant ils incendiaient poubelles et voitures – maintenant ils brulent les filles ». C’est la phrase que prononça Kahina Benziane le 4 octobre 2002. Sa sœur Sohane venait d’être brulée à vif après avoir été torturée et violée dans la banlieue parisienne de Vitry. Contrairement à sa sœur – qui a déménagée et fait des études de sociologie – Sohane est restée dans le quartier. Elle avait néanmoins osé vivre comme sa sœur ; cet à dire : se maquiller, sortir, avoir un petit ami. Ca lui a couté la vie. Puisqu’elle n’était plus une « fille bien » mais une « pute », une prostituée.

« Révolte de jeunesse « sans fille

« Fils de pute », l’insulte des forces de l’ordre par des jeunes lançant pierres et cocktails Molotov, ou mieux jeunes hommes – les filles ne sont pas présentes dans cette « révolte de la jeunesse ». Comme à Paris en 1968, avec sur les barricades hommes et femmes, les pavés volent. Même si les meneurs étaient masculins. Le but de la révolte était les structures autoritaires, mais pas l’Etat en tant que tel ; les magasins de luxe étaient en proie aux flammes, pas les écoles. Le crie de ralliement contre les « keufs » était : « CRS SS ! » Un parallèle au moins politique, bien que hasardeux. Le parallèle d’aujourd’hui n’est que sexiste : fils de pute.

Un fait établi : sur environ six millions d’immigrés de la première, deuxième et maintenant déjà troisième génération en France, la majorité est originaire du Maghreb musulman, donc des ex-colonies Algérie et Maroc. Un passé qui ne rend pas plus aisé le présent. Ce qui est remarquable : Les beurs, les petits enfants sont – tout comme en Allemagne – souvent moins bien intégrer que leurs grands parents. Et 40% des jeunes entre 16 et 25 ans sont sans emplois, plus précisément : 1 jeune homme sur 4 et 1 jeune femme sur 2. Vu sous l’angle social les femmes auraient donc doublement raison de protester.

Les Femmes ne hurlent pas

Seulement : les femmes musulmanes ne crient pas dans les rues, mais chuchotent derrières les rideaux. Et lorsqu’elles osent quand même publiquement, leurs protestations s’adressent non pas à l’Etat mais à leurs propres maris et frères. Comme après la mort de Sohane. A cette époque fut fondé le mouvement « Ni putes ni soumises » qui attira beaucoup d’attention en France avec ses manifestations. Le 8 mars 2003 des centaines de jeunes femmes des banlieues marchent dans Paris et déclarent : « Nous suffoquons sous le machisme des hommes dans nos quartiers. Ils nous refusent les droits de l’homme les plus élémentaires au nom de la « Tradition ». Nous n’en voulons plus ! »

Le président du parlement Debré et Simone Veil, ancienne ministre pour le social, la santé et la politique de la Ville, reçurent Kahina et ses sœurs. Et pendant l’été 2003 furent accrocher aux colonnes du parlement néo-classique 14 Portraits géant de Kahina, Samira, Aicha et tant d’autres – ces Mariannes contemporaines coiffées du chapeau jacobin, fier symbole de la république.

Le Machisme est à peine un sujet

Il est étonnant qu’à côté de l’aspect du racisme, justifié, le sexisme ou le machisme de ces évènements n’aient été traité par la presse française ou internationale. Nous enregistrons depuis longtemps, plus précisément depuis 20ans, une irrésistible ascension de la violence masculine dans les banlieues. Dans trois cents de 630 quartiers menacés l’on peut observer la formation de sociétés parallèles : « isolation en communautés » accompagné de fanatisme religieux et sexiste, qui sont, comme chacun sait, frères et sœurs. Les filles et femmes des quartiers vivent depuis longtemps dans la peur. Elles sont non seulement bien plus souvent que la femme française moyenne victime de violences dans les familles, mais aussi bien plus menacées dans les rues. Les garçons et hommes, influencer par les islamistes répartissent les femmes entre saintes et prostituées. Les saintes restent à la maison, les prostituées sortent dans le monde. Elles le paient cher. Le prix varie de vols avec violence aux ‘tournantes’ : viols en groupe, dont était victime la sœur de Kahina.

Pas de femmes dans les rues

Il est dit que la bamboula serait le résultat d’une société à deux vitesses, qui aurait négligé d’intégrer les immigrés et leurs enfants. Vrai. Mais lorsqu’il fait noir et que la bagarre commence, il n’y a plus de femmes dans les rues. Car les « putes », lors de ces nuits de feu, sont autant en danger que les « fils de putes ».

L’exemple de Senia Boucherrougui et Cherifa montre, ce qui peut arriver lorsque des femmes lèvent la voie quand même. Enceinte Senia devenait l’année dernière victime d’un vol en pleine rue dans une banlieue parisienne. Elle fonde avec son amie Cherifa ‘l’Association contre la violence à Saint-Denis’ et ose organiser dans son quartier une manifestation contre la violence de l’Etat et celles de ses propres hommes et frères. Résultat : sur un tract elles furent comparer à Jacques Doriot, maire de Saint-Denis qui, communiste, se convertissait au fascisme dans les années 30. « Elles ont brisé un tabou » commentait sèchement le ‘Nouvel Observateur’. Le tabou du politiquement correcte, ou celui de la ‘Solidarité’ avec sa propre communauté.

Les islamistes profitent

Avant les révoltes les voitures furent incendiés surtout dans la ‘ceinture rouge’ communiste de Paris, qui devient de plus en plus verte islamique. Maintenant voitures et écoles brulent dans tout le pays. Raison : Chômage et intégration insuffisante – et l’agitation continue des islamistes depuis le début des années 80. Ils ne semblent pas être aujourd’hui les instigateurs des agissements des bandes de jeunes en maraude, mais ils en sont les précurseurs – et ils en seront les profiteurs.

Sociologues et chercheurs en Allemagne avertissent depuis longtemps de la dérive des jeunes et des hommes dans les quartiers à dominante musulmane. Des études représentatives du criminologue Christian Pfeiffer nous démontrent, que la moitié des crimes et délits commis par des jeunes n’est à attribuer qu’à 6% des délinquants. Appartiennent à ce noyau dur 1 garçon turc sur 10, 1 garçon allemand sur 33. En même temps, 1 garçon turc sur 4 soutient le recours à la violence (1 garçon allemand sur 25) – mais seulement 1 fille turc sur 20.

Les auteurs sont les hommes

Dans les familles turcs la violence est trois fois plus élevés que dans les familles allemandes, les auteurs sont les hommes, les victimes femmes et enfants. Les filles s’identifie à la victime-mère, les garçons à l’auteur-père (même s’ils sont victimes). Mais tant que nous nous interdisons, au nom d’un prétendu racisme, de dire ces faits, nous ne nous approcherons pas des racines du mal.

Comment un garçon peut-il respecter sont prochain ou de surcroit un représentant de l’Etat, s’il apprend depuis son plus jeune âge à mépriser sa prochaine – sa propre mère, sœur, petite amie ? Plus grave : ces jeunes sont convaincus : Seul un homme prêt à la violence est un vrai homme ! Le point central du règne des hommes dans les ghettos c’est la violence. La violence est cool. La violence est l’élément identifiant de la ‘masculinité’ – avidement absorber en ces temps de virilité irrité, ébranlé.

Patriarches traditionnels

Le chant séduisant de la violence est entonner par de multiples voix de Paris à Berlin : par les traditionnels patriarches de cultures, qui n’on pas été ébranlés, ou même changés, ni par les lumières, ni par le féminisme ; par des criminels qui se servent du désespoir de ces gamins ; et par les agitateurs islamistes au milieu des Métropoles européennes. Ils promettent à ces jeunes hommes perdus une identité nouvelle et fière, un paradis, 70 vierges inclus – au prix de la domination de leurs propres femmes et la guerre contre les infidèles.

Il paraissait ces dernières années que la France avait compris ce problème. Le ministre de l’Intérieur Sarkozy, lui même fils d’immigré (fils d’un noble hongrois et d’une juive grec), menait une politique de l’intégration offensive. Le but : casser le pouvoir secret des islamistes et sortir les musulmans des sociétés parallèle. Le populaire « Sarko » en homme de la main de fer et des mots crus s’est discréditer à juste titre. Néanmoins il faut se poser la question si la vague de refus qui s’oppose à l’ambitieux candidat à la présidence depuis les banlieues, n’est pas dû au politicien, qui est jusqu’à aujourd’hui l’adversaire le plus déterminé et le plus efficace des islamistes.

Structures mafieuses

Les problèmes en Allemagne ne sont pas aussi dramatiques qu’en France. Mais ici aussi la sympathie des jeunes hommes pour les fondamentalistes et guerrier de dieu augmente de jour en jour. Le nouveau gouvernement devra bientôt faire ce que l’ancien a négligé. Le ministre de l’intérieur désigné Schäuble a déclaré dans une interview que l’oubli des « jeunes gens » de la Turquie et de l’ex union soviétique avait été notre plus grande erreur. Il est urgent de donner des connaissances linguistiques, de l’éducation et du travail à cette « génération perdue ». C’est vrai. Mais nous ne devons pas non plus fermer les yeux devant un double système à deux classes : celui entre Allemands et immigrés d’une part – et entre les hommes et les femmes à l’intérieur des communautés d’immigrés d’autre part.

Si nous voulons vraiment maitriser le problème des voitures en feu, nous serons obligés de nous occupés celui des filles en flammes (repère : meurtres d’honneur) ; si nous voulons briser la loi des parrains (caïds) à l’intérieur des structures mafieuses, nous devrons mettre en cause l’autorité sans bornes des patriarches dans les familles (repère : autres coutumes). Et d’une urgence au moins égale aux connaissances linguistiques – l’apprentissage de la démocratie – avec une mise en exergue de l’article 3 alinéa 2 de la loi fondamentale : « Femmes et Hommes sont égaux en droits »

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